Touche pas à mon prépuce !!!
Par Martin Winckler
Article du 20 novembre 2005
Beaucoup de jeunes mamans sont très inquiètes parce qu’on (leur mère,
leur belle-mère, leur médecin) leur dit qu’il faut « nettoyer » le
gland (l'extrémité) du sexe de leur petit garçon, et que pour le faire,
il faut le décalotter, c’est à dire remonter le prépuce (la peau qui
recouvre le gland) comme un col roulé. Or, il n’en est rien. Cette
pratique n’a que des inconvénients et aucun avantage.
Pour la feuille de l’association « L’Arbre à bébés », j’ai répondu à quelques questions sur ce sujet pénien épineux.
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| Martin Winckler est médecin généraliste et écrivain |
1) Comment vous situez-vous par rapport à la
pratique du décalottage, en tant que médecin et parent ? Le faites-vous
sur vos petits patients et l’avez-vous fait ou fait faire sur vos
enfants ?
Je n’ai jamais décalotté le prépuce d’un
petit garçon, ni celui d’un de mes patients, ni celui de mes cinq
garçons. (Et je pense que si je leur demandais ce qu’ils en pensent, ils
me regarderaient de travers, en se disant que j’ai de drôles
d’idées...)
J’ai eu très tôt (au début des années
80, quand je me suis installé, et en lisant en particulier le pédiatre
Aldo Naouri), la notion que cette pratique était non seulement inutile,
mais agressive pour tout le monde, à commencer par les premiers
intéressés, mais aussi les mères. C’est agressif parce que, dès qu’on
touche au pénis des petits garçons, on provoque une érection, bien
entendu.
Or, toutes les mères ne sont pas à
l’aise avec ça... Et on les comprend. Et si les petits garçons rigolent
parfois qu’on leur chatouille le pénis quand ils sont nourrissons, très
vite, ils préfèrent qu’on laisse cette zone-là tranquille (comme les
filles...) pour s’en occuper tout seul.
2) Que pensez-vous des arguments habituellement utilisés par les tenants du décalottage (adhérences, possible phimosis) ?
Le phimosis,
c’est le fait que l’orifice du prépuce est trop serré pour permettre au
gland de sortir quand le garçon est en érection. Donc, ça ne peut gêner
les garçons qu’à l’âge où ils sont susceptibles d’avoir des rapports
sexuels.
Or, la plupart des études qui ont été
faites sur le sujet montrent que le décalottage n’a aucune fonction, ni
hygiénique, ni pour empêcher le phimosis, qui est un phénomène
spontanément rare. On disait dans le temps que c’était pour lutter
contre les adhérences, pour « nettoyer » ce qu’il y avait dessous.
Les sécrétions préputiales sont aussi
normales que les sécrétions vulvaires chez la petite fille, et on n’a
jamais prôné le « nettoyage » des vulves de petite fille au coton-tige -
mais j’ai vu des mères essayer de passer un coton-tige sous le prépuce
de leur fils parce qu’un médecin leur avait dit de le faire !
Le prépuce est « auto-nettoyant ».
L’orifice du prépuce est serré à la naissance pour justement éviter que
des poussières s’introduisent dedans. Le décalotter (donc, le dilater de
force), c’est anti-naturel. Et ça fait mal. Et ça peut entraîner des déchirures et un para-phimosis qui, lui, est une urgence.
Le para-phimosis
(provoqué) est beaucoup plus fréquent que le phimosis.
Je vous décris le tableau : une maman a voulu décalotter un petit garçon
(en général dans son bain). Le tripotage a entraîné une érection après
le décalottage. Du coup, le prépuce en « col roulé » serre le gland, qui
gonfle et devient violet. Le gamin hurle. Comme il est dans un bain
tiède, ça s’aggrave...
Bref, on appelle le médecin, et là, de
deux choses l’une. Ou bien il panique et envoie le gamin à l’hôpital, ou
bien il connaît le problème et le résout très simplement : il ne faut
pas tirer sur le prépuce pour le recalotter (ça ne marche pas), il faut
d’abord vider la baignoire, ensuite lui verser de l’eau un peu plus
froide (pas glacée) sur le pénis, en comprimant tout doucement le gland
gonflé. Le froid dégonfle la verge, et le gland rentre tout seul dans le
prépuce...
J’ai vu une douzaine de situations comme
ça au début de ma carrière. C’était toujours chez des garçons dont les
mères avaient une conception un peu obsessionnelle de la « propreté »,
ou qui avaient été consciencieusement culpabilisées par une (belle-)mère
ou un médecin très interventionniste, et qui décalottaient leur petit
garçon trois fois par semaine, à tel point que le gamin voyait avec une
certaine angoisse sa mère s’approcher de lui et lui baisser son
pantalon.
Évidemment, plus elle y touchait, plus
il était irrité, et plus il avait mal et plus le décalottage était un
supplice, jusqu’au jour où il faisait un paraphimosis carabiné et où
elle m’appelait au secours. Bref, c’était un cercle vicieux...
Très rapidement, j’ai fait passer aux
jeunes mamans le message qu’il ne fallait pas toucher au prépuce. Au fil
des années, j’ai vu de moins en moins de paraphimosis, de plus en plus
de petits garçons joyeux qui se tiraient tout seul sur le zizi en
rigolant, et de plus en plus de mères ravies de ne pas avoir à s’occuper
de ça à leur place.
Je n’ai fait opérer aucun petit garçon
pendant ma carrière de généraliste de campagne, et j’ai d’ailleurs vu
très peu de garçons se faire opérer, car dans mon canton, aucun médecin
n’était « fan » du décalottage...
3) A partir de quel âge faut-il s’inquiéter et envisager une opération chez un petit garçon dont le pénis ne se décalotte pas ?
C’est simple : il ne faut jamais
s’inquiéter, car il n’y a aucune raison de s’inquiéter. Le décalottage
est une pratique culturelle en France, pas du tout dans d’autres pays.
Pourtant, il n’y a pas plus de phimosis ailleurs qu’en France. Ca veut
bien dire que décalotter le prépuce ne sert à rien.
Tous les parents qui ont eu des petits
garçons peuvent témoigner que tripotage et masturbation sont très
fréquents chez les tout petits (et parfois jusqu’à huit-dix ans), mais
ne provoquent pour autant aucun problème. Le prépuce du nourrisson n’est
pas fait pour être décalotté par quelqu’un d’autre que par son
utilisateur : il sert de fourreau au gland, qu’il protège. Il s’allonge
et s’assouplit au fil du temps, à mesure que l’enfant grandit... et
dilate l’orifice du prépuce lui-même en se masturbant.
Avec la croissance, le prépuce s’allonge
en même temps que le pénis, ce qui permet des érections sans souci. A
la puberté, dans l’immense majorité des cas, les garçons se sont déjà
décalottés et ont assoupli l’orifice préputial tout seuls et ils n’ont
pas de phimosis... Ils ne connaissent même pas le mot !
Lorsque les garçons ont des problèmes,
c’est à la puberté, pas avant. (Ou alors, le problème est un
paraphimosis, parce qu’on les décalotte sans arrêt... - voir plus haut).
J’ai dû faire circoncire, dans toute ma carrière de généraliste (douze
années à la campagne), un seul homme, âgé de...22 ans, qui avait un
phimosis... parce qu’il avait eu un décalottage trop brutal tout petit et en avait gardé un prépuce cicatriciel, et donc serré.
Ça a commencé à le gêner à la puberté, mais pas avant. De fait, c’est le décalottage répété, en provoquant des inflammations qui est la cause de son phimosis ! ! !
- la déchirure répétée du prépuce à un âge où le garçon n’avait rien
demandé a provoqué des cicatrices, qui ont resserré l’orifice...
4) Que
conseillez-vous à une mère qui ne sait pas comment se positionne son
pédiatre ? Ou alors si le médecin est pour ? (ou l’art de ne pas se
laisser culpabiliser...)
Quand un problème est purement affaire
d’opinion et non de prévention ou de santé (et, encore une fois, rien ne
montre que le décalottage a le moindre intérêt, mais ses inconvénients
sont manifestes), peu importe la « position » du médecin.
Les médecins ne sont pas là pour dicter
leurs opinions aux mères et il n’y a certainement pas de quoi
« culpabiliser » les femmes qui décident de ne pas tripoter le pénis de
leur nourrisson (pour ma part, je les trouve plutôt saines...).
Est-ce qu’une mère ferait circoncire son
fils pour « faire plaisir » à un médecin qui prône la circoncision
« hygiénique » ? Non, bien sûr.
Il en va de même pour le décalottage. Si
un médecin vous en parle, répondez-lui que vous laissez à votre enfant
le soin de régler ce problème-là, et surtout ne laissez pas le médecin vous faire une démonstration !
Il n’est pas justifié de décalotter un nourrisson ou un petit garçon
qui n’a rien, pas plus que de faire un examen vaginal à une petite fille
qui va bien ! ! !
Le seul moment où un médecin est en
droit de toucher (doucement) au pénis d’un petit garçon, c’est si le
pénis en question présente une anomalie visible.
Si ce n’est pas le cas, bas les pattes ! ! !
Martin Winckler

Merci pour ces conseils très logiques. Si seulement les pédiatres des États Unis étaient aussi raisonnable que vous! Savez-vous qu'ils continuent à pousser la circoncision ou le décalottage?
RépondreSupprimerBonjour aschram13 !
RépondreSupprimerOui, il y a encore beaucoup de travail à faire aux États-Unis...
L'article a été traduit en anglais et nous allons le diffuser sur les groupes américains :-)